Thomas Sankara

Discours historique de Thomas Sankara à l'ONU (4 octobre 1984)

Thomas Sankara prend sa place, en toute légitimité, dans la famille de ces révolutionnaires qui ont lutté pour le bien commun africain, la souveraineté de leurs peuples et la dignité de tout un continent. Dans cette famille, citons le Guinéen Amilcar Cabral, agronome et anti-impérialiste intransigeant, le Congolais Patrice Emery Lumumba (1925-1961), le Ghanéen Kwamé N’Krumah (1909-1972), ou l’Algérien Houari Boumédiene (1932-1978).

Thomas Sankara, figure emblématique et incontournable de l’Afrique des années 1980, a su allier les quêtes de l’écologie avec celles de la justice sociale, de l’indépendance et d’une négritude culturellement ouverte sur le monde. Son pays, le Burkina Faso, est aujourd’hui peuplé de 15 millions d’habitants, d’après le recensement de 2009. Situé au coeur de l’Afrique de l’Ouest, entouré par le Mali, le Niger, le Bénin, le Togo, le Ghana et la Côte d’Ivoire, il est l’un des pays les plus pauvres au monde, selon les statistiques internationales. La capitale, Ouagadougou, est géographiquement située en plein centre. Cette ancienne colonie française, la Haute-Volta, est devenue le Burkina Faso en 1984. Le nom est à l’image du pays, avec sa pluralité de langues et de peuples. En effet Burkina signifie « honneur, intégrité » en moré, la langue des Mossis, et Faso renvoie à la patrie, à la terre habitée, en dioula. Le Burkina Faso est donc la « patrie des hommes intègres ».

Dans quelle mesure peut-on dire de Thomas Sankara qu’il fut, malgré les faiblesses du Burkina Faso et la modestie des ressources du pays, une lumière dans la nuit néocoloniale ? Quelles furent ses perspectives écologiques ? C’est ce à quoi j’essaierai de répondre en donnant la parole à celui qui fut longtemps, et jusqu’à maintenant, considéré comme un « Guevara africain ».

Né en 1949, dans un village Peul-Mossi situé à une centaine de kilomètres de la capitale, Thomas Sankara s’est engagé très tôt dans le métier des armes et suivit un parcours pour devenir officier. Après une formation dans des écoles militaires camerounaise et malgache, il devient, en 1976, le commandant du Centre national d’entraînement commando. Mais il n’est pas un simple technicien et sa conscience se forge aux contacts des réalités africaines (dépendance à l’égard des pays occidentaux, corruption des élites, situations sociales et écologiques désastreuses dans lesquelles vivent les populations, etc.). Il crée, avec d’autres jeunes officiers, le Regroupement des officiers communistes, afin d’influencer sur les évolutions socio-politiques du pays. À partir de 1981, Thomas Sankara entre dans plusieurs équipes gouvernementales, mais son franc-parler, sa dénonciation de la corruption et de l’alignement du pouvoir sur la politique française font de lui une personnalité qui inquiète. Au mois de mai 1983, il est emprisonné et placé en résidence surveillée. Plusieurs éléments sembleraient indiquer que le gouvernement socialiste français de l’époque ait été mêlé à cette décision. Quoi qu’il en soit, au mois d’août de la même année, une partie de l’armée se soulève et prend en main les rênes de l’État. Thomas Sankara est libéré et devient le 4 août 1983 président du Conseil national révolutionnaire. Il sera assassiné le 15 octobre 1987 avec douze de ses collaborateurs.  Outre la responsabilité directe de quelques-uns de ses anciens « amis », les observateurs les plus avisés estiment probable le concours d’États africains réactionnaires et de services secrets occidentaux. Depuis plusieurs années, la famille et les amis du leader burkinabé, ainsi que des personnalités internationales, aussi diverses que l’écrivain Eduardo Galeano, Jean Ziegler, le sociologue suisse et rapporteur spécial auprès des Nations-Unies sur la question du droit à l’alimentation dans lemonde, demandent que « s’engage sans tarder une enquête indépendante sur l’assassinat de Thomas Sankara »

Ces quatre années (1983-1987) ont été, malgré des erreurs, une période lumineuse pour l’Afrique, et la prise en charge du dossier écologique en est l’un des meilleurs témoignages. Si le nom de Thomas Sankara reste, longtemps après son assassinat, aussi vibrant dans la conscience du Burkina Faso et de tout un continent, c’est bien parce que le sankarisme a incarné les espérances d’un peuple.